
Dans les Écrins, toutes les routes finissent en impasse. La Danchère, le Gioberney, Prapic, le Pré de Madame Carle : on se gare au bout du goudron, et au-dessus il ne reste que des sentiers, le plus grand nombre de glaciers des Alpes du Sud et un sommet à 4 102 m, la Barre des Écrins, le plus méridional des Alpes à dépasser 4 000 m.
Chez Altimood, notre camp de base est le Champsaur-Valgaudemar, sur la bordure sud-ouest du massif, et on y monte à la journée comme en itinérance. Les 10 itinéraires qui suivent sont les grands classiques du Parc, ceux qu'on refait chaque saison avec des groupes, de la sortie à la journée au trek de refuge en refuge. La liste parfaite des plus belles randonnées des Écrins n'existe pas pour autant : tout dépend de la météo du jour, de la lumière, des troupeaux croisés en chemin et de votre propre forme... et de la neige qui verrouille certains cols jusqu'à début juillet parfois. Cette sélection est donc assumée comme subjective, nourrie par nos sorties encadrées et par les repérages qui les précèdent.
Pour chaque randonnée : le point de départ, la distance, le dénivelé, la durée et une difficulté notée sur 5, calée sur notre échelle de difficulté en randonnée. Les traces GPX se téléchargent sous chaque itinéraire, et la fin de l'article détaille les treks de plusieurs jours, l'accès et la réglementation du Parc.
Ces 10 itinéraires, parmi les plus connus du massif, laissent volontairement de côté des vallées entières : la lecture de la carte IGN vous en ouvrira beaucoup d'autres. L'ordre suit la géographie, de l'Oisans au Briançonnais en passant par le Valgaudemar et le Champsaur.
| # | Randonnée | Départ | Distance | D+ | Difficulté |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Lac de Lauvitel | Les Ougiers (Bourg-d'Oisans) | 8,7 km | +674 m | 2/5 |
| 2 | Lac de la Muzelle | Vénosc (Les Deux Alpes) | 11,6 km | +1 200 m | 4/5 |
| 3 | Lac du Glacier d'Arsine | Col du Lautaret | 16 km | +370 m | 3/5 |
| 4 | Refuge du Glacier Blanc | Pré de Madame Carle (Vallouise) | 10,5 km | +939 m | 3/5 |
| 5 | Lacs de Pétarel | Les Portes (La Chapelle-en-Valgaudemar) | 12,4 km | +814 m | 4/5 |
| 6 | Lac du Lauzon et lac Bleu | Gioberney (Valgaudemar) | 6,6 km | +506 m | 2/5 |
| 7 | Saut du Laïre | Prapic (Orcières) | 8,7 km | +341 m | 1/5 |
| 8 | Lacs de Crupillouse | Les Baumes (Champoléon) | 16 km | +1 370 m | 4/5 |
| 9 | Vieux Chaillol | Chaillol 1600 | 16 km | +1 560 m | 4/5 |
| 10 | Col de Laurichard | Col du Lautaret | 5,6 km | +552 m | 2/5 |
Le Parc National des Écrins, créé en 1973, s'étend entre l'Isère (38) et les Hautes-Alpes (05) sur plus de 91 800 hectares de zone cœur. Autrefois appelé massif du Pelvoux, il abrite la Barre des Écrins (4 102 m), point culminant des Alpes du Sud.
Aucune route ne traverse le massif. Les vallées y entrent en cul-de-sac : l'Oisans et le Vénéon au nord-ouest, le Valgaudemar et le Champsaur au sud, la Vallouise, Freissinières et Champoléon à l'est. Chacune a son caractère, et plusieurs semaines peuvent séparer le déneigement de 2 vallons voisins.
Le rapport altitude sur accessibilité fait le reste : des lacs glaciaires à plus de 2 000 m se rejoignent en 2 à 3 heures de marche, et la faune des Hautes-Alpes s'y observe en toute discrétion (bouquetins, chamois, aigles royaux, gypaètes barbus).
Le lac de Lauvitel occupe un verrou glaciaire à 1 530 m au-dessus de la vallée du Vénéon : 35 hectares, plus de 60 m de profondeur, et un niveau qui varie de 20 m au fil des saisons. Ses rives touchent la réserve intégrale créée en 1995, la plus stricte des protections françaises. Côté accessible, baignade et bivouac y sont réglementés.
Le sentier classique monte depuis La Danchère par une forêt de hêtres et de sapins, raide par endroits mais bien tracé. La trace ci-dessous part du hameau des Ougiers, un peu plus bas dans la vallée, et se boucle en passant par La Danchère : comptez 1 h 30 de montée depuis ce dernier hameau.
À 2 105 m, le lac de la Muzelle occupe un alpage dominée par la Roche de la Muzelle (3 465 m). Depuis Vénosc, la montée par le vallon demande 4 à 5 heures et 1 200 m de dénivelé : d'abord une forêt de mélèzes, puis des alpages, et le lac en point final. Le refuge de la Muzelle, au bord de l'eau, accueille les marcheurs de juin à septembre et permet de couper la sortie en 2 jours.
Le lac a connu jusqu'à 200 tentes certains week-ends d'août, et le Parc National a depuis renforcé la réglementation du bivouac dans ce secteur : renseignez-vous sur les règles en vigueur avant d'y monter pour une nuitée en autonomie.
La boucle Muzelle-Lauvitel par le col du Vallon relie les deux premiers lacs de cette sélection en 2 jours, avec une nuit au refuge : 18,2 km et 1 639 m de dénivelé au total. C'est la trace ci-dessous et elle se prête bien pour un week-end en refuge dans les Écrins.
Le lac d'Arsine (2 450 m) est un lac proglaciaire, formé par le retrait du glacier au fil des dernières décennies. Ses eaux laiteuses, chargées de sédiments, changent de teinte avec la lumière, et le paysage lui-même évolue d'une année sur l'autre. En 1985, le lac atteignait 6 hectares et sa moraine menaçait de céder au-dessus du village du Casset. Des travaux menés au printemps 1986 ont abaissé et stabilisé son niveau, toujours surveillé aujourd'hui.
L'itinéraire part du col du Lautaret par le sentier des Crevasses, un balcon au-dessus de la vallée, puis franchit le col d'Arsine (2 340 m). Tout le dénivelé de la journée se fait avant le col ; ensuite, on ne fait que descendre sur le hameau du Casset. Cette traversée monte peu et descend beaucoup, ce qui la rend trompeuse : la distance est longue et il faut avoir réglé le retour au Lautaret avant de partir.
La trace ci-dessous suit la traversée seule, sans le crochet au lac : 16 km, 370 m de montée et 870 m de descente.
Le lac, lui, n'est pas sur la traversée, et c'est pour ça qu'il n'est pas sur la trace : il se gagne par un aller-retour de 2,4 km depuis le col d'Arsine, en remontant 120 m de plus vers la moraine. Beaucoup l'ignorent et passent en contrebas. Comptez 1 h de plus, soit 6 h de marche sur la journée.
Ces durées sortent de notre calculateur de temps de marche, appliqué aux chiffres de la trace : moyenne de 4 méthodes, arrondie à la demi-heure supérieure, pauses non comprises. L'écart entre méthodes va de 3 h 50 à 5 h 30 sur cette traversée, parce qu'elles ne comptent pas la descente de la même façon — et ici il y a 870 m à descendre.
Le Pré de Madame Carle ferme la vallée au-dessus d'Ailefroide, à 1 875 m. C'est le départ le plus haut de cette sélection et le seul qui mène directement au pied d'un grand glacier. Le sentier remonte le vallon en larges lacets, passe au refuge Tuckett (2 438 m) puis gagne le refuge du Glacier Blanc (2 542 m), posé sur un promontoire face à la face nord de la Barre des Écrins (4 102 m) et au Dôme de Neige.
La trace continue au-dessus du refuge jusqu'au replat qui domine le glacier vers 2 850 m. Cette portion haute change de registre : passages câblés, terrain morainique, ambiance de haute montagne. On peut s'arrêter au refuge sans rien perdre de la vue. Le glacier recule vite, et les moraines racontent son emprise ancienne mieux qu'une exposition sur la disparition des glaciers.
Les lacs de Pétarel occupent un vallon suspendu au-dessus de la Séveraisse, face à la paroi sud de l'Olan (3 564 m). Ils s'égrainent en chapelet vers 2 100 m, et par temps calme le premier renvoie la face entière du sommet.
3 départs y mènent. Depuis les Andrieux, la montée est raide et directe. Depuis l'Ubac, elle passe par le col de Pétarel et les lacs de Sebeyras. Depuis La Chapelle-en-Valgaudemar enfin, la trace ci-dessous passe par les Oulles du Diable et le hameau des Portes avant de rejoindre un sentier en balcon qui monte progressivement : c'est la variante la moins raide, et celle qui se boucle le plus facilement par Villar-Loubière.
La route du Valgaudemar s'arrête au chalet-hôtel du Gioberney, à 1 640 m, au pied d'un cirque fermé par le Sirac (3 441 m). La cascade du Voile de la Mariée tombe juste au-dessus du parking.
La boucle rejoint le lac du Lauzon (2 008 m) en une bonne heure par un sentier balisé, puis le lac Bleu (2 018 m) par une sente qui part vers le nord-ouest au détour d'un virage. Les deux plans d'eau se ressemblent peu : le Lauzon est un lac de pelouse et peu profond, quand le lac Bleu porte son nom sans discussion. Le retour traverse un plateau parsemé de flaques qui reflètent les sommets du cirque. Le refuge du Pigeonnier permet d'étaler la sortie sur 2 jours, et la navette estivale du Valgaudemar règle la question du stationnement. Les 3 idées de rando au Gioberney et les autres lacs et cascades du Valgaudemar complètent le secteur.
Prapic est un hameau piéton au bout de la vallée de Champoléon, à la limite de la zone cœur du Parc. Maisons de pierre, ruelles étroites, voitures laissées au parking d'entrée : le décor de départ fait déjà la moitié de la sortie. Le sentier remonte le Drac Blanc en fond de vallon jusqu'au Saut du Laïre, une cascade qui tombe dans une vasque au milieu des alpages, et les marmottes sifflent dès la sortie du hameau.
Le dénivelé est faible et régulier, la marche se fait au bord de l'eau presque tout du long. C'est l'itinéraire que l'on propose quand le groupe compte des enfants ou que la météo reste incertaine ; les autres sorties du même registre sont dans notre article sur les randonnées en famille dans les Écrins. Pour prolonger, le lac des Pisses occupe le même vallon, beaucoup plus haut : comptez alors une journée complète et sportive.
Les lacs de Crupillouse occupent un cirque glaciaire à 2 640 m au-dessus de la vallée de Champoléon, sous le Sirac (3 441 m). La roche y est un gneiss œillé à gros cristaux de feldspath, qui donne au site sa teinte blanc-rose, et les cuvettes des lacs sont séparées par des bosses de poli glaciaire : le cirque a été libéré de ses glaces récemment à l'échelle géologique, et cela se voit.
Le sentier remonte le vallon du torrent de Crupillouse depuis Les Baumes, d'abord en forêt de mélèzes, puis dans des alpages parsemés de lys orangés en juillet, avant la zone minérale des lacs. C'est l'une des randonnées de lacs les plus physiques du massif, et l'une des moins fréquentées de cette sélection : chamois et bouquetins s'y observent aux heures creuses, et le lagopède alpin niche dans les éboulis.
Le Vieux Chaillol est le point culminant du Champsaur, et le seul 3 000 de cette sélection qui se gravit sans corde ni crampons l'été. Depuis Chaillol 1600, le sentier monte plein nord, régulier, jusqu'à la zone minérale du sommet. Les bouquetins tiennent les deux versants et se laissent approcher tôt le matin. Du sommet, la vue porte sur l'Olan et le Sirac au nord, sur le bocage du Champsaur et le Dévoluy au sud-ouest.
C'est une grosse journée : 1 560 m de dénivelé et 8 heures de marche, sans point d'eau ni abri sur la partie haute. Un second accès part de Champoléon en boucle, plus long de 7 km et de 400 m. Pour le même départ dans une demi-journée, le pic Queyrel (2 433 m) vise 700 m plus bas, avec son arche naturelle sur la crête sommitale et un panorama qui couvre déjà le massif. Et pour viser plus bas encore, les lacs du Champsaur et de Champoléon alignent une série d'objectifs plus courts.
Le sentier quitte le parking de Laurichard et remonte la combe du même nom, un vallon minéral cerné par la face nord du Combeynot. Vers 2 500 m, 4 sphères blanches posées sur les blocs signalent le glacier rocheux de Laurichard : une langue de pierres soudées par la glace, qui flue de quelques dizaines de centimètres par an. Les sphères servent au suivi du permafrost, mesuré ici depuis les années 1980. Le col s'ouvre à 2 654 m sur le massif de la Meije (3 983 m), le pic Gaspard et le glacier de l'Homme.
C'est la sortie la plus courte de cette sélection, et pourtant tout s'y passe en altitude : on démarre au-dessus de 2 000 m, la flore alpine est là dès le parking et les marmottes occupent les pelouses tout du long.
À ne pas confondre avec le jardin alpin du Lautaret, qui se visite au col même : 2 000 espèces de montagnes du monde entier sur 2 hectares, gérées par l'université Grenoble-Alpes et le CNRS, ouvertes de début juin à début septembre. On y accède par la route, sans marcher, et c'est un bon complément à la randonnée le même jour.
Le format à la journée montre vite ses limites ici : les vallées sont longues, en cul-de-sac, et les boucles limitées. L'itinérance est une façon originale de passer d'une vallée à une autre et de profiter un maximum des paysages de ce massif le plus sauvage des Alpes. C'est le terrain que nous programmons le plus parmi nos treks dans les Alpes.
Le GR54, le tour des Écrins étape par étape, boucle le massif en 188 km, 11 000 m de dénivelé positif et 12 cols, sur 10 à 13 jours. Moins fréquenté que le Tour du Mont-Blanc, il représente un vrai challenge physique et technique qui n'a rien a envier au GR20. Pour caler le bon format selon votre rythme, voir combien de jours prévoir sur le GR54.
En une semaine, notre tour des Écrins en 7 jours emprunte des chemins de traverse au départ du Champsaur : un itinéraire maison qui s'écarte du tracé balisé, avec 1 200 à 1 700 m de dénivelé par jour, réservé aux marcheurs entraînés. Un exemple de ce qui peut s'offir aux amoureux de la lecture de carte. À l'inverse, le tour des Écrins en 9 jours marche les cols du GR54 avec un sac de jour et dort en hôtel.
Pour un format plus court, la traversée des Écrins en 5 jours relie Champoléon au Valgaudemar de refuge en refuge.
Le tour du Valgaudemar en 3 à 5 jours reste dans une seule vallée, par les sentiers en balcon, entre forêts, alpages et lacs d'altitude.
Pour une première nuit en altitude, un week-end en refuge dans les Écrins suffit : une journée de montée, une nuit au bord d'un lac, et le lendemain pour un col. La boucle Muzelle-Lauvitel décrite plus haut se prête bien à ce format, et notre article sur le bivouac en montagne prépare la version nuit dehors.
Les accompagnateurs en montagne Altimood habitent au sud-uest du massif et encadrent ces itinéraires à la journée comme en itinérance, en petit groupe.
Vous êtes déjà sur place et préférez une rando d'une demi-journée ou d'une journée ? Découvrez nos sorties nature et découverte dans les Écrins. Et si vous venez de loin, jetez un oeil à nos séjours rando dans les Alpes.
Au printemps, quand les lacs d'altitude sont encore sous la neige, on part plutôt vers le Vercors : voir notre trek du 1er mai sur les Hauts-Plateaux, accessible en train.
Les départs ci-dessus sont programmés à l'avance. Quand aucun ne colle à votre besoin, nous pouvons construire un séjour Écrins sur mesure : vous nous indiquez la période et le nombre de jours dont vous disposez, on propose un itinéraire qui correspond à vos attentes.
Sur les Écrins, c'est la durée qui commande le tracé. 3 jours tiennent dans un fond de vallée, 4 ouvrent une itinérance entre plusieurs vallées, 5 permettent la traversée du massif, et il faut passer la semaine, au minimum, pour boucler le tour des Écrins par le GR54.
3 choses à nous indiquer lors de votre première prise de contact :
C'est Alice ou Robin, guide sur le terrain, qui répondent directement à votre demande
Et si vous souhaitez être informé de nos prochains départs, renseignez votre adresse email pour recevoir une notification lorsque nous ouvrons les inscriptions pour un nouveau séjour sur les Écrins.
La saison s'étend de mi-juin à mi-octobre. Les lacs d'altitude restent souvent enneigés avant fin juin, en particulier au-dessus de 2 400 m. Juillet et août offrent les conditions les plus stables et la plus forte fréquentation. Septembre reste notre mois préféré pour le calme des sentiers, et les couleurs d'automne du Valgaudemar s'intensifient jusqu'à la mi-octobre. En hiver, les sentiers d'altitude passent sous la neige : place aux raquettes dans les Écrins.
4 TOP 25 (1:25 000) couvrent cette sélection : 3336 ET (Champsaur, Valgaudemar), 3436 ET (Meije, Pelvoux), 3335 ET (Bourg-d'Oisans) et 3437 ET (Orcières).
En zone cœur, le bivouac est autorisé entre 19 h et 9 h à plus d'une heure de marche des limites du parc. Chiens interdits, cueillette réglementée, feux interdits. Le détail est sur le site du Parc National des Écrins, et les règles particulières de la réserve intégrale du Lauvitel sont rappelées dans la section dédiée.
Découvrez également les massifs voisins des Écrins :