
À la sortie des Contamines-Montjoie, le TMB change de registre. Le val Montjoie bucolique de la veille laisse place à une ascension sans équivoque : plus de 1 350 mètres de dénivelé positif pour franchir deux cols successifs, le col du Bonhomme (2 329 m) et le col de la Croix du Bonhomme (2 479 m), avant de basculer dans le Beaufortain et de descendre sur le hameau isolé des Chapieux.
C'est l'étape la plus chargée en dénivelé de la partie française du Tour du Mont-Blanc, et aussi l'une des plus riches en découvertes : elle débute au pied d'un sanctuaire baroque, traverse une réserve naturelle, passe devant un mystérieux tumulus, et conduit jusqu'au refuge le plus élevé de tout le circuit. Nous, les guides Nature et Montagne Altimood qui accompagnons le TMB, considérons cette étape comme une charnière : c'est souvent là qu'on mesure le vrai niveau physique du groupe, et qu'on décide si l'on modifie le programme.
Dans cet article, nous décrivons l'étape classique par le col du Bonhomme et la variante spectaculaire par le col des Fours, avec tous les conseils pratiques pour l'aborder sereinement.
| Distance | ~19 km |
| Dénivelé positif | +1 379 m |
| Dénivelé négatif | -983 m |
| Point haut | Col de la Croix du Bonhomme (2 479 m) |
| Durée estimée | 6h30 à 8h de marche effective |
| Difficulté | 4/5 |
| Départ | Les Contamines-Montjoie (1 167 m) |
| Arrivée | Les Chapieux (1 549 m) |
Note sur le découpage : certaines versions du TMB en moins de 11 jours modifient ce découpage en s'arrêtant au refuge de Nant-Borrant (1 460 m) ou à la Balme (1 706 m) pour alléger la journée. L'itinéraire décrit ici correspond à la version classique jusqu'aux Chapieux.
La sortie des Contamines-Montjoie se fait par la route du Bon Nant, puis par un chemin qui remonte les gorges jusqu'au sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Gorge (1 210 m). Ce n'est pas un détour : c'est le TMB lui-même.
Le sanctuaire est l'un des plus anciens lieux de pèlerinage des Alpes savoyardes. La chapelle actuelle fut reconstruite en 1699 après un incendie qui avait détruit l'édifice précédent en 1518. La légende fondatrice raconte qu'un bûcheron, tombé dans les gorges du Bon Nant, fut miraculeusement retenu dans sa chute. Ce miracle, attribué à la Vierge, valut au lieu sa réputation de protection pour tous ceux qui empruntent les grands chemins de montagne. En partant pour le col du Bonhomme, on se glisse sans le vouloir dans une longue tradition de marcheurs.
Ce baroque savoyard si présent dans le val Montjoie n'est pas un hasard. L'église des Contamines elle-même, construite entre 1758 et 1760 par Domenico Gualino de Stastegno, maître maçon originaire du Valsesia en Piémont, en est l'exemple le plus proche. Ces artisans italiens travaillaient sous le duché de Savoie et leur empreinte se retrouve sur tous les sanctuaires du val. Les chemins du val Montjoie ont une mémoire encore plus longue : une borne romaine gravée sous l'Empereur Vespasien (74 ap. J.-C.) fut retrouvée dans le secteur, matérialisant la frontière entre le territoire des Ceutrons et celui des Allobroges. Avant le pèlerinage, il y avait la route.
Juste après Notre-Dame-de-la-Gorge, on entre dans la réserve naturelle des Contamines-Montjoie : 5 500 hectares classés depuis 1979, du fond de vallée jusqu'à 3 892 mètres d'altitude (sommet nord de l'aiguille de Tré-la-Tête), couvrant six des sept étages bioclimatiques alpins. Les chiens sont tolérés en laisse.
Au-dessus du sanctuaire, le vallon s'élargit dans les alpages de la Rollaz. Le sentier traverse des pâturages que borde le Bon Nant, passe devant le refuge de Nant-Borrant (1 460 m, bon point de ravitaillement en eau et café), puis monte régulièrement jusqu'au refuge de la Balme (1 706 m).
Après la Balme, le terrain change de nature. La pente s'accentue, le chemin large cède la place à une sente qui grimpe sur le faîte d'une ancienne moraine. Le paysage se minéralise. On approche du Plan des Dames.
À mi-chemin entre la Balme et le col du Bonhomme, le sentier longe un tumulus de pierres qu'on appelle le Plan des Dames. La tradition veut que ce monticule marque l'emplacement où reposent les dépouilles d'une riche aristocrate anglaise et de sa servante, victimes d'une tempête dans cette combe exposée. Aucune archive n'a jamais confirmé l'histoire, mais le lieu a gardé son nom, et les randonneurs y posent parfois une pierre en passant. C'est une des petites traditions discrètes du TMB.
Après le Plan des Dames, le sentier progresse à flanc avant d'aborder la combe finale. L'ensellement du col s'ouvre entre des blocs rocheux. Une table d'orientation et une borne Michelin marquent le passage. Depuis le col du Bonhomme (2 329 m), la vue bascule : on quitte définitivement le val Montjoie et les prairies du Beaufortain apparaissent en contrebas.
Ce n'est pourtant pas encore le sommet de la journée. Il faut encore monter.
Cent-cinquante mètres plus haut, le col de la Croix du Bonhomme (2 479 m) marque un second palier. En contrebas sur le versant nord, le refuge de la Croix du Bonhomme (2 433 m) se profile : c'est le point habité le plus élevé de tout le circuit. Il fut construit en 1923 à l'initiative du Touring Club de France. Une étape quasi obligatoire pour souffler, manger chaud, et admirer le panorama avant la longue descente vers les Chapieux. Le col de la Croix du Bonhomme est également le point de départ de la variante par le col des Fours (voir plus bas).
Depuis le refuge, la descente sur les Chapieux est longue et régulière : environ 900 mètres de dénivelé négatif sur des sentiers herbus, puis des lacets dans des alpages qui sentent la montagne d'été. Le Beaufortain commence ici. Les troupeaux de vaches qui donnent le beaufort, le « prince des gruyères », paissent sur ces versants de juin à septembre.
Les Chapieux (1 549 m) arrivent après deux à trois heures de descente depuis le refuge. Le hameau est petit : une chapelle, une ferme-auberge, quelques maisons en pierre. C'est un passage plutôt qu'un village, mais après la longue montée du matin, même sa sobriété est bienvenue.
C'est la variante la plus spectaculaire de l'étape 2, et l'une des plus sauvages de tout le TMB. Depuis le col de la Croix du Bonhomme, au lieu de descendre directement, on continue à monter vers le col des Fours (2 665 m), soit environ 300 mètres supplémentaires.
La récompense est à la mesure de l'effort : depuis ce col, la face occidentale du Mont-Blanc se déploie avec l'aiguille des Glaciers (3 816 m) en premier plan. Un panorama à 360° sur les massifs frontaliers, sans la fréquentation des cols classiques. La descente vers les Chapieux est plus variée que l'itinéraire classique, avec une chute d'eau qui s'engouffre dans un toboggan de pierre taillé par le torrent. Certains randonneurs enchaînent directement sur les Mottets, fusionnant ainsi les étapes 2 et 3.
Conseils pour la variante Col des Fours : compter 1h30 à 2h de plus que la variante classique. Le col des Fours peut être enneigé en début de saison (jusqu'en juillet parfois) et nécessite un départ matinal depuis Les Contamines (avant 7h) pour éviter les orages de l'après-midi. Par mauvais temps, ne pas engager cette variante.
L'étape 2 est aussi un point d'entrée ou de sortie courant pour ceux qui rejoignent un proche en cours de circuit, ou qui ont besoin de quitter le TMB après cette journée charnière.
Accès aux Contamines-Montjoie : depuis Chamonix ou Saint-Gervais-les-Bains, des navettes saisonnières desservent Les Contamines en été. En voiture, un grand parking est disponible au village (retour par navette ou taxi en fin de séjour).
Quitter Les Chapieux : le hameau est isolé — pas de bus régulier. Les options sont le taxi (à organiser la veille depuis le refuge) ou la continuation jusqu'au refuge des Mottets le lendemain matin, où l'accès routier est plus facile. Certains prestataires locaux proposent des transferts bagage et navettes sur demande.
Les points d'eau sont nombreux jusqu'au refuge de la Balme. Au-dessus, on longe des zones humides mais la qualité de l'eau de fonte peut varier en début de saison. Prévoir 2 litres au départ depuis Les Contamines ou depuis Nant-Borrant.
La fenêtre idéale pour l'étape 2 se situe entre fin juin et mi-septembre. Voir notre guide sur la meilleure période pour faire le TMB pour les détails par semaine.
Le col de la Croix du Bonhomme (2 479 m) est très exposé au vent et aux orages de l'après-midi. Partir avant 7h depuis Les Contamines pour être au col avant 13h. En cas de ciel instable dès le matin, ne pas engager la variante Col des Fours. Le col du Bonhomme peut rester enneigé de mi-juin à début juillet et après les premières tempêtes de septembre. Renseigner les conditions au refuge de Nant-Borrant ou à la Balme avant de monter.
Les Contamines-Montjoie est le dernier vrai village avec épicerie et boulangerie avant Les Chapieux. Faire le plein de provisions avant de partir.
L'étape 2 est l'étape la plus exigeante en dénivelé positif de la partie française du TMB : +1 379 m sur ~19 km, avec la succession de deux cols. Elle demande une bonne condition physique et un départ matinal. La distance elle-même n'est pas excessive, mais les jambes non préparées peuvent se retrouver en difficulté sur la fin. Cotation 4/5.
Oui, et c'est souvent la meilleure stratégie pour les premiers jours de randonnée. Le refuge de Nant-Borrant (1 460 m) ou de la Balme (1 706 m) permettent de s'arrêter à mi-chemin. Certains randonneurs choisissent de dormir au refuge de la Croix du Bonhomme (2 433 m) pour profiter du point de vue le plus haut du circuit au lever du soleil, puis d'attaquer la descente les jambes fraîches.
La variante Col des Fours offre un panorama supérieur et un itinéraire plus sauvage, au prix d'1h30 à 2h supplémentaires et d'un engagement plus grand. Elle convient aux randonneurs expérimentés, par beau temps, avec un départ avant 7h. Sur le TMB en 7 jours, le choix dépend de l'état du groupe et de la météo du matin.
Le village mérite quelques minutes le matin : l'église baroque Saint-Grat (1758-1760), construite par des artisans piémontais, est remarquable. Le sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Gorge, à 45 minutes à pied sur le chemin du TMB, est encore plus beau. Si vous dormez aux Contamines après l'étape 1, une courte balade jusqu'au sanctuaire en fin d'après-midi est un bon moyen de se dégourdir les jambes avant la grande montée du lendemain.
Les Chapieux marquent le dernier point français avant la montée vers le col de la Seigne et le basculement en Italie. L'étape suivante est plus courte en distance mais franchit la première frontière internationale du circuit, avec la vue saisissante sur la face italienne du Mont-Blanc.
Pour replacer cette étape dans l'ensemble du circuit, le guide complet du Tour du Mont-Blanc présente les 11 étapes, les variantes, les périodes idéales et la logistique complète. Si vous souhaitez vivre le TMB en version confort avec hébergements sélectionnés et un guide dédié, le TMB en 7 jours avec Altimood condense le meilleur du circuit sur une semaine.
Si vous venez de l'étape 1 depuis Les Houches, vous êtes déjà en jambes pour cette deuxième journée.