Étape 3 du TMB : de la France à l'Italie par le Col de la Seigne

Col de la Seigne - TMB Étape 3 : De la France à l'Italie

Altimood, Mise à jour le

Le matin, vous marchez dans les alpages du Beaufortain, entre vaches tarines et patous endormis. Cinq heures plus tard, au col de la Seigne (2 516 m), le sol change sous vos pieds, l'herbe cède la place à la roche, et la face sud du Mont-Blanc surgit d'un coup, sombre, verticale, presque menaçante. Vous venez de passer en Italie.

Ce basculement fait de la troisième étape du Tour du Mont-Blanc un moment à part dans le circuit. Plus courte que la grosse journée du col du Bonhomme, elle surprend par l'intensité du contraste : d'un côté les pâturages français, de l'autre le Val Veni, ce versant que l'écrivain Samivel comparait à un opéra de Wagner. Nous, les guides Nature et Montagne Altimood, voyons chaque année des randonneurs s'arrêter au col, muets, le temps de comprendre que le massif qu'ils croyaient connaître depuis Chamonix a un tout autre visage vu d'Italie.

Cet article détaille l'itinéraire des Chapieux au Rifugio Elisabetta avec des données terrain, des conseils pour l'hébergement et ce qu'il faut retenir sur les patous, la Casermetta et l'avion fantôme de l'aiguille des Glaciers.

L'itinéraire : profil, carte et GPX

1500 m2000 m2500 m0 km5 km10 kmLes Mottets · 1865 mCol de la Seigne · 2510 m

L'étape 3 en résumé

Distance~14,5 km
Dénivelé positif+1 058 m
Dénivelé négatif-411 m
Point hautCol de la Seigne (2 516 m)
Durée estimée5h à 6h30 de marche effective
Difficulté3/5
DépartLes Chapieux (1 549 m)
ArrivéeRifugio Elisabetta Soldini (2 195 m)

Note sur le découpage : certains itinéraires en 10 jours fusionnent la fin de l'étape 2 avec le début de l'étape 3 en partant du refuge de la Croix du Bonhomme directement vers le col de la Seigne. L'itinéraire décrit ici part des Chapieux, le découpage le plus courant en 11 étapes classiques.

Les Chapieux (1 549 m) : dernier hameau français

Les Chapieux n'est pas un village, c'est un passage. Une poignée de maisons en pierre, une chapelle, l'Auberge de la Nova et la route qui monte vers la vallée des Glaciers. Le hameau tient son rôle de carrefour depuis des siècles : c'est ici que convergeaient les chemins du Beaufortain, du col de la Seigne et du col du Bonhomme avant même que le TMB n'existe en tant que randonnée.

Le matin du départ, la lumière rase du Beaufortain éclaire les alpages. Le sentier quitte le hameau en longeant le torrent des Glaciers sur sa rive gauche, en pente douce. C'est une mise en jambes agréable après la grosse journée de la veille.

La vallée des Glaciers : montée vers le refuge des Mottets

Le chemin remonte la vallée des Glaciers, large vallon d'altitude bordé par les contreforts de l'aiguille des Glaciers (3 816 m) à l'est et les crêtes du Beaufortain à l'ouest. Le nom n'est pas usurpé : les langues glaciaires descendaient autrefois bien plus bas dans cette combe. Aujourd'hui, les alpages ont pris le relais, et les troupeaux de tarines y montent chaque été pour produire le beaufort.

Les patous : cohabiter avec les chiens de troupeau

La vallée des Glaciers est un alpage actif. Les troupeaux sont gardés par des patous, ces grands chiens blancs de protection dont la mission est de dissuader les prédateurs. Chaque été, des randonneurs du TMB se retrouvent face à un ou plusieurs patous sur le sentier. La marche à suivre est simple : ralentir, ne pas crier, ne pas regarder le chien dans les yeux, ne pas le caresser, contourner le troupeau à distance si possible. Si un patou s'approche, rester immobile quelques secondes le temps qu'il vous identifie comme inoffensif. Les bâtons de marche brandis au-dessus de la tête peuvent être interprétés comme une menace. Garder son calme suffit dans l'immense majorité des cas.

Le refuge des Mottets (1 870 m)

Après environ une heure de marche depuis les Chapieux, le refuge des Mottets apparaît dans un replat de la vallée. C'est le dernier point de ravitaillement avant le col de la Seigne et le dernier refuge côté français. La terrasse offre une vue dégagée sur la vallée et les crêtes environnantes. On y sert un café correct et des tartes maison qui méritent l'arrêt.

Le sentier continue au-delà du refuge en prenant de la pente. Les alpages laissent progressivement place à des pelouses rases, puis à des éboulis. Le paysage se minéralise, les derniers arbres ont disparu depuis longtemps, et le col se devine entre deux épaules rocheuses.

Le col de la Seigne (2 516 m)

Le col de la Seigne est le premier passage de frontière du TMB. On quitte la France pour l'Italie, le Beaufortain pour le Val d'Aoste. Le mot "Seigne" viendrait du patois savoyard sagne, qui désigne un marécage, ou du latin signum, le signe, la limite. Les deux étymologies se complètent : c'est bien un seuil, et les zones humides qui entourent le col rappellent que la neige fondue y stagne une bonne partie de l'année.

Au col, le changement est brutal. Le versant français, herbu et arrondi, cède la place à un panorama de haute montagne : l'envers du Mont-Blanc se déploie avec ses parois sombres, ses glaciers suspendus et le monolithe de l'aiguille Noire de Peuterey (3 772 m) qui domine l'horizon. C'est un des moments forts du TMB, celui où l'on comprend que le massif du Mont-Blanc a deux visages : le versant nord, visible depuis Chamonix, élégant et lumineux, et ce versant sud, plus sauvage, plus vertical, presque himalayen.

La Casermetta et les ruines sous le col

Quelques mètres sous le col côté italien, des murs en ruine rappellent que cette frontière n'a pas toujours été symbolique. Ces constructions datent de la Seconde Guerre mondiale, quand le col faisait office de poste-frontière militaire. Plus bas, la Casermetta, ancienne caserne des carabiniers italiens, a été reconvertie en espace d'exposition sur l'environnement alpin. L'entrée est libre et les panneaux, bilingues, offrent une pause culturelle bienvenue après l'effort du col.

Un avion dans la montagne

En regardant vers l'aiguille des Glaciers depuis le col, rien ne laisse deviner qu'un bombardier américain B-17 repose quelque part dans ces parois. Le 1er novembre 1946, l'appareil, chargé de munitions et en route de Naples vers Londres, a percuté l'aiguille des Glaciers. Huit hommes d'équipage ont péri. Parmi les débris retrouvés, une poupée de chiffon, probablement confiée par une petite fille à son père avant le vol. En 2011, l'association des familles des victimes a fait installer deux stèles commémoratives sur le site du crash. L'épave est invisible depuis le sentier, mais elle fait partie de la mémoire de cette vallée.

La descente vers le Lac Combal et le Rifugio Elisabetta

Depuis le col, le sentier descend le long des Pyramides Calcaires (2 728 m), deux formations rocheuses qui encadrent le chemin comme des pylônes naturels. La pente est régulière, le terrain bien tracé. On entre dans l'Allée Blanche, vaste couloir glaciaire qui relie le col de la Seigne à Courmayeur.

Le Lac Combal occupe le fond de cette cuvette. Ce n'est plus le grand lac qu'il fut autrefois : les alluvions du glacier du Miage l'ont progressivement comblé, et il ne subsiste qu'un plan d'eau peu profond entouré de zones humides. Le cadre reste spectaculaire : le glacier du Miage, le plus long glacier italien (10 km), coule juste au-dessus, couvert de débris rocheux qui lui donnent un aspect lunaire.

Le Rifugio Elisabetta Soldini (2 195 m) se trouve à quelques minutes au-dessus du lac. Perché sur un promontoire, il domine toute l'Allée Blanche. C'est l'un des refuges les mieux situés du TMB, avec une vue qui porte du col de la Seigne aux premières pentes de Courmayeur.

Hébergement pour cette troisième étape

Au Rifugio Elisabetta

En cours d'étape

Bivouac étape 3

Le bivouac est toléré en Italie au-dessus de 2 500 m, sous certaines conditions (tente montée après 19h, démontée avant 7h). Les abords du Lac Combal sont tentants mais exposés au vent. Renseignez-vous sur les réglementations locales avant de planter votre tente.

Conseils pratiques pour cette troisième étape du TMB

Eau sur le parcours

Les points d'eau sont réguliers jusqu'au refuge des Mottets. Au-dessus, les sources se raréfient. Prévoir 1,5 à 2 litres au départ des Chapieux ou remplir au refuge des Mottets. Au Rifugio Elisabetta, l'eau est disponible.

Météo et conditions

Le col de la Seigne (2 516 m) est exposé au vent, souvent plus fort côté italien. Une couche coupe-vent est indispensable même par beau temps. Le col peut être enneigé en début de saison (juin) et après les premières tempêtes d'automne. La meilleure période pour faire le TMB se situe entre fin juin et mi-septembre. En cas de brouillard, le balisage reste visible mais la prudence s'impose dans la descente côté italien.

Ravitaillement

Les Chapieux disposent de l'Auberge de la Nova pour un repas du soir et un petit-déjeuner, mais il n'y a ni épicerie ni boulangerie. Si vous avez besoin de provisions, le dernier ravitaillement complet est aux Contamines-Montjoie. Le refuge des Mottets et le Rifugio Elisabetta vendent des barres énergétiques et des boissons.

Logistique et accès

Les Chapieux sont isolés : pas de transport en commun régulier. Des navettes saisonnières relient parfois Bourg-Saint-Maurice aux Chapieux en été, mais les horaires varient d'une année à l'autre. En cas de besoin (abandon du TMB, blessure), prévoir un taxi depuis Bourg-Saint-Maurice. Côté italien, le Val Veni est accessible en voiture depuis Courmayeur.

Les questions fréquentes sur l'étape 3 du TMB

Quelle est la difficulté de l'étape Les Chapieux - Rifugio Elisabetta ?

C'est une étape de difficulté modérée (3/5), nettement plus courte que l'étape 2. Le dénivelé positif de 1 058 m se répartit régulièrement sur la montée, sans passage technique. La descente côté italien est courte (environ 300 m jusqu'au refuge). C'est souvent une journée de récupération relative après la grosse étape du col du Bonhomme.

Peut-on partir du refuge de la Croix du Bonhomme au lieu des Chapieux ?

Oui, et c'est une option logique pour ceux qui ont dormi au refuge de la Croix du Bonhomme (2 433 m) la veille. Il faut alors descendre aux Chapieux puis remonter, ou prendre le sentier direct par la vallée des Glaciers. Ce découpage allonge la journée d'environ 1h30.

Le col de la Seigne est-il dangereux ?

Non, le col de la Seigne n'est pas techniquement difficile. Le sentier est bien tracé et balisé des deux côtés. Les risques sont liés à la météo : brouillard (perte de visibilité), vent fort au col, neige résiduelle en début de saison. Par beau temps et en été, c'est un passage accessible à tout randonneur en bonne forme physique.

Faut-il des papiers pour passer en Italie ?

Techniquement, une carte d'identité ou un passeport en cours de validité est requis pour les ressortissants de l'UE, même au sein de l'espace Schengen. Dans la pratique, il n'y a aucun contrôle au col de la Seigne. Mais avoir une pièce d'identité sur soi reste recommandé pour tout le TMB, notamment pour les formalités d'hébergement en refuge italien et suisse.

Où dormir si le Rifugio Elisabetta est complet ?

Le refuge affiche parfois complet en haute saison. Les alternatives sont de redescendre aux Mottets (côté français, avant le col), de poursuivre jusqu'au Rifugio Combal plus bas dans le Val Veni, ou de bivouaquer dans les règles au-dessus de 2 500 m côté italien.

La suite du TMB

Le Rifugio Elisabetta ouvre la porte du Val Veni, le versant que les alpinistes appellent "le côté himalayen du Mont-Blanc". L'étape suivante descend vers Courmayeur en longeant le glacier du Miage et la face sud du massif, avec en option le téléphérique Skyway Monte Bianco pour monter à la Pointe Helbronner (3 466 m).

Pour replacer cette étape dans l'ensemble du circuit, le guide complet du Tour du Mont-Blanc détaille les 11 étapes, les variantes, les périodes idéales et la logistique complète. Si vous souhaitez vivre le TMB en version confort avec hébergements sélectionnés et un guide dédié, le TMB en 7 jours avec Altimood condense le meilleur du circuit sur une semaine.

Si vous arrivez de l'étape 2 depuis Les Contamines-Montjoie, vos jambes connaissent déjà le rythme du TMB.

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