
Le Brévent (2 525 m) n'est pas le point le plus haut du Tour du Mont-Blanc. Ce n'est pas non plus le plus sauvage, ni le plus isolé. Mais c'est le sommet depuis lequel on voit le mieux ce qu'on vient de parcourir. Le massif entier se déploie en face, des Aiguilles de Chamonix au Dôme du Goûter, avec le Mont-Blanc au centre. Après dix jours de marche autour de cette montagne, la perspective est frontale, à 8 km à vol d'oiseau.
Accompagnateurs en montagne, on considère cette dernière étape comme la dernière montée significative du circuit. La montée est franche, le panorama récompense largement l'effort, et la descente vers Les Houches (1 500 m de dénivelé négatif, la plus longue du circuit) met les genoux à contribution une dernière fois. Dans cet article, nous détaillons l'itinéraire complet, le passage par le Refuge de Bellachat, les options pour raccourcir la journée, et quelques histoires sur les premiers voyageurs qui ont découvert Chamonix.
| Distance | ~15,5 km |
| Dénivelé positif | +960 m |
| Dénivelé négatif | -1 860 m |
| Point haut | Le Brévent (2 525 m) |
| Durée estimée | 6h30 à 8h de marche effective |
| Difficulté | 4/5 (longueur de la descente) |
| Départ | Refuge de la Flégère (1 877 m) |
| Arrivée | Les Houches (977 m) |
Le moment-clé : l'arrivée au sommet du Brévent. Le Mont-Blanc est en face, à 8 km à vol d'oiseau. En contrebas, la vallée de Chamonix dessine un ruban vert 1 500 m plus bas. C'est ici que le Dr. Michel-Gabriel Paccard, au XVIIIe siècle, observait le Mont-Blanc à la longue-vue pour préparer l'itinéraire de la première ascension.
On quitte le Refuge de la Flégère (1 877 m) en direction du sud-ouest, à l'opposé du sentier de la veille depuis Trè-le-Champ. Le sentier traverse l'alpage de la Charlanon à flanc de versant, avec le massif du Mont-Blanc en vue permanente sur la gauche. On passe sous les pentes de l'Index (2 595 m), puis le parcours contourne plusieurs combes, dont la combe de la Parsa, en alternant entre zones de mélèzes, dalles rocheuses et alpages.
Environ 1h30 après le départ, on atteint Planpraz (2 000 m), station intermédiaire du téléphérique du Brévent. Le bâtiment abrite une buvette et des toilettes. C'est un point de décision : on peut descendre directement vers Chamonix en téléphérique (en cas de mauvais temps ou de fatigue), ou poursuivre la randonnée vers le sommet du Brévent.
Au passage, on croise les randonneurs à la journée montés de Chamonix par le téléphérique, bien plus nombreux que sur les sections précédentes du TMB. Après la solitude relative du Val Ferret suisse ou des alpages de l'Alp Bovine, le contraste est net.
La montée de Planpraz au Brévent prend environ 1h15. Le sentier passe par le col du Brévent (2 368 m), marqué par un cairn, puis franchit un éperon rocheux équipé de deux échelles métalliques (8 et 9 barreaux) avant d'atteindre le sommet (2 525 m). Le passage est aérien mais bien sécurisé. Par temps de pluie ou après un orage, les barreaux et la roche autour des échelles sont glissants : prudence accrue, et envisager le téléphérique comme alternative. On peut aussi utiliser le deuxième tronçon du téléphérique pour monter directement au sommet depuis Planpraz.
Au sommet, le panorama est à 360°. Côté est, toute la chaîne du Mont-Blanc se déploie : l'Aiguille du Midi (3 842 m), le Mont-Blanc du Tacul (4 248 m), le Mont Maudit (4 465 m), le Mont-Blanc (4 809 m), le Dôme du Goûter (4 304 m), l'Aiguille de Bionnassay (4 052 m). En contrebas, Chamonix paraît minuscule. Côté ouest, on découvre le massif des Aiguilles Rouges, le Lac Blanc (où certains sont passés la veille) et, par temps très clair, le Jura au loin.
C'est depuis le Brévent que le Dr. Michel-Gabriel Paccard scrutait le Mont-Blanc pour repérer la voie d'ascension. Le 8 août 1786, avec Jacques Balmat, il réussit la première ascension du sommet. La ville de Chamonix en fut bouleversée. L'initiative revenait au naturaliste genevois Horace-Bénédict de Saussure, qui observait la montagne depuis 1760 et avait promis une récompense à qui trouverait un itinéraire vers le sommet. Balmat s'attribua longtemps la gloire de cette ascension. Il fallut attendre les travaux de l'historien T. Graham Brown, au XXe siècle, pour que Paccard retrouve sa place de premier ascensionniste.
Depuis le sommet du Brévent, le sentier descend d'abord par un versant rocheux, puis entre dans les alpages. En 1h à 1h15, on atteint le Refuge de Bellachat (2 152 m), posé sur un replat herbeux avec une vue plongeante sur la vallée de Chamonix et le glacier des Bossons en face.
Le Refuge de Bellachat est la dernière halte possible avant la longue descente finale. Le gardien sert une cuisine simple et généreuse. C'est un endroit adapté pour la pause déjeuner, ou pour passer une dernière nuit en altitude si l'on veut couper l'étape en deux.
C'est la partie la plus exigeante de la journée. De Bellachat (2 152 m) aux Houches (977 m), il reste environ 1 200 m de dénivelé négatif sur 7 km. Les bâtons de marche ne sont pas un luxe.
Le sentier quitte le refuge par un versant herbeux raide, perd 300 m en lacets serrés, puis entre dans la Réserve naturelle de Carlaveyron vers 1 800 m d'altitude. La réserve a été créée en 1991 pour protéger 598 hectares de forêts anciennes et de zones humides. Son existence n'a rien d'évident : un projet d'extension des remontées mécaniques vers la montagne de Carlaveyron avait été envisagé, avant d'être abandonné au profit de la réserve.
La descente se poursuit en sous-bois (mélèzes, puis épicéas) jusqu'à un embranchement vers le parc animalier de Merlet (1 500 m), où bouquetins, chamois et marmottes vivent en semi-liberté face au Mont-Blanc. Le parc est visible depuis le sentier ; une visite ajoute environ 1h à la journée. Passé Merlet, le sentier rejoint un chemin forestier plus large. On atteint le parking P3 (1 370 m), premier accès routier depuis le refuge.
Les derniers 400 m de dénivelé descendent par la forêt jusqu'à la plate-forme de la statue du Christ-Roi (1 200 m), érigée en 1934 à l'initiative de l'abbé Claude-Marie Delassiat, curé des Houches. On aperçoit la vallée de l'Arve en contrebas. La descente finale traverse le hameau du Coupeau avant d'atteindre la gare des Houches (980 m). Le TMB est terminé.
En arrivant aux Houches, on emprunte sans le savoir un chemin que d'autres ont ouvert. En juin 1741, deux jeunes aristocrates anglais, William Windham et Richard Pococke, quittèrent Genève avec une escorte armée pour explorer la vallée de Chamonix. À cette époque, le lieu était un cul-de-sac au bout d'un chemin de mulets, pratiquement inconnu du monde extérieur. Windham décrivit la « Mer de Glace » (il inventa le nom) et les aiguilles de Chamonix dans une lettre qui fit sensation à Londres. Quelques décennies plus tard, l'écrivain et chanoine Marc-Théodore Bourrit, depuis Genève, publia entre 1773 et 1801 plusieurs éditions de descriptions des glaciers de Chamonix, avec des gravures largement diffusées dans les cercles scientifiques et littéraires européens. Le tourisme alpin venait de naître, et Chamonix en serait la capitale.
Pour ceux qui ne veulent pas que le TMB se termine trop vite, une variante peu connue prolonge la dernière journée. Depuis le Refuge de Bellachat, au lieu de descendre directement vers Les Houches, le sentier suit la crête vers l'ouest par l'Aiguillette du Brévent (2 310 m) et la Pointe de Lapaz (2 313 m), puis rejoint l'Aiguillette des Houches avant de descendre par les chalets de Chailloux (1 923 m) et le Plan de la Cry (1 440 m). Comptez 5 à 6h depuis Bellachat, avec +200 m et -1 400 m. C'est un itinéraire de crête avec vue continue sur la chaîne du Mont-Blanc, à l'écart des sentiers fréquentés. Il rejoint Les Houches par le versant ouest, moins raide que la descente directe.
L'étape 11 est longue (6h30 à 8h) et la descente est éprouvante. Plusieurs options permettent de l'adapter :
Eau disponible au Refuge de la Flégère au départ, à la buvette de Planpraz, au Refuge de Bellachat, puis aux Houches à l'arrivée. La descente entre Bellachat et Les Houches est longue sans point d'eau : emporter au minimum 1,5 litre depuis Bellachat en été.
Le sommet du Brévent est exposé au vent et aux orages. Si la météo est incertaine, il vaut mieux atteindre le sommet tôt dans la journée (les orages d'été se développent typiquement en début d'après-midi). Le versant de descente est orienté sud-ouest : en plein été, la chaleur dans la forêt peut être accablante l'après-midi. Partir tôt de la Flégère (avant 7h30) est recommandé.
La montée au Brévent est soutenue mais sans difficulté technique. C'est la descente qui constitue le vrai défi de cette étape : 1 860 m de D- sollicitent fortement les quadriceps et les articulations. Les bâtons sont indispensables. Si vous souffrez des genoux, envisagez le téléphérique pour au moins une partie de la descente.
Depuis la gare des Houches, le Mont-Blanc Express (train) relie Chamonix (10 min) et Saint-Gervais-Le-Fayet (15 min), où des correspondances TGV desservent Paris, Lyon et Genève. Le tramway du Mont-Blanc, qui part de Saint-Gervais-Le-Fayet et monte jusqu'au Nid d'Aigle, dessert aussi la station du Col de Voza (celle par laquelle vous êtes passé à l'étape 1). Des bus locaux complètent le réseau. Si votre voiture est stationnée aux Houches, le tour est bouclé. Si vous l'aviez laissée à Chamonix ou à Saint-Gervais, le train vous y ramène en quelques minutes.
Oui, en prenant le téléphérique depuis Planpraz. Mais le sommet du Brévent est souvent cité comme le plus beau point de vue du TMB. Le manquer, c'est terminer le trek sans le panorama du sommet. Si vos jambes le permettent, montez à pied.
C'est la descente la plus longue du TMB. Sur les genoux et les articulations, c'est exigeant, surtout après dix jours de marche. Des bâtons télescopiques, un rythme régulier et des pauses fréquentes rendent la chose gérable. La forêt offre de l'ombre, ce qui aide en été.
C'est faisable pour des marcheurs très entraînés. L'enchaînement Trè-le-Champ, Flégère, Brévent puis Les Houches représente environ 23 km et 1 750 m de D+ avec 2 200 m de D-. Les itinéraires en 7 jours le font parfois. Dans notre TMB en 7 jours, on organise cette section en tenant compte de la fatigue accumulée.
Les Houches et Chamonix offrent de quoi récupérer : restaurants, brasseries, boutiques d'outdoor, et les thermes de Saint-Gervais sont à 20 minutes en train. Si vous repartez en transport en commun, la gare de Saint-Gervais-Le-Fayet est connectée au réseau TGV et à l'aéroport de Genève.
Le Tour du Mont-Blanc se termine aux Houches, là où il a commencé. On repose le sac, on lève les yeux vers la montagne une dernière fois, et on sait qu'on a fait le tour complet. Trois pays, onze étapes, 170 km, une dizaine de cols.
L'étape 1 du TMB, celle qui vous a fait quitter Les Houches il y a onze jours (ou sept, ou cinq), est le début d'un autre circuit si l'envie vous reprend. Pour replacer cette dernière étape dans l'ensemble du parcours, le guide complet du Tour du Mont-Blanc détaille les 11 étapes, les variantes et toute la logistique. Et si vous souhaitez vivre le TMB en version confort avec un guide qui connaît chaque col, le TMB en 7 jours avec Altimood condense le meilleur du circuit sur une semaine.
Vous venez de l'étape 10, de Trè-le-Champ au Refuge de la Flégère par le Grand Balcon Sud.